Le Pivot
Ce projet avait pour objectif de concevoir un triplex inspiré du film Snowcake, mettant en scène trois personnages liés par la perte et la différence : Alex, un homme solitaire hanté par un tragique accident d’auto qui enlève la vie à une jeune femme, Linda, la mère autiste de la jeune passagère décédée, et Maggie, la voisine indépendante et intuitive. Ensemble, ils apprennent à se reconstruire dans une petite ville enneigée du Canada.
À partir de cette histoire, nous devions créer un bâtiment à trois niveaux, incluant un sous-sol, sur l’un des quatre terrains situés à l’intersection des rues Napoléon et Saint-Dominique. Après analyse des conditions géographiques et d’ensoleillement, nous avons choisi le terrain sud-est. Notre démarche a d’abord consisté à étudier les besoins, les comportements et les relations des trois personnages. Alex s’est rapidement imposé comme le pivot du trio, celui qui relie Maggie et Linda, deux femmes aux univers opposés. Cette réflexion nous a menées à développer le concept du Pivot, symbolisant le lien central autour duquel gravitent les personnages.
L’organisation spatiale traduit ces relations : le rez-de-chaussée et le sous-sol sont liés, tandis que l’étage est détaché. Le rez-de-chaussée, associé à Alex, agit comme espace de rassemblement, avec l’entrée principale, la cuisine, la salle à manger et le salon. Alex y occupe également une suite privée, représentant son besoin d’introspection et d’équilibre entre solitude et lien social. Le sous-sol, relié à cet étage, est partagé entre Alex et Maggie. On y trouve un salon-bureau commun ainsi qu’un espace privé pour Maggie, accessible par une entrée arrière indépendante. Inspiré d’une suite d’hôtel, cet espace évoque la sensualité et la liberté du personnage : chambre en contrebas, salle de bain ouverte, jeux de niveaux et de matières pour célébrer le corps et l’intimité.
L’étage supérieur est entièrement dédié à Linda. Son aménagement répond à ses particularités et à ses besoins sensoriels spécifiques. Nous avons privilégié une typologie à cœur central, où la cuisine, élément clé pour elle, occupe le centre de l’appartement. Entourée de cloisons vitrées, elle lui offre la possibilité de contrôler son environnement tout en gardant une vision d’ensemble. De larges ouvertures inondent l’espace de lumière naturelle, écho à sa fascination pour la clarté et le froid hivernal. Les espaces de repos (chambre, salle de bain, garde-robe et espace snoezelen) sont regroupés dans une zone calme, séparée des espaces de vie, afin de favoriser son bien-être et son autonomie. Une entrée indépendante renforce ce sentiment de contrôle et de sécurité.
Les trois niveaux du bâtiment sont légèrement décalés, traduisant physiquement le pivot qui unit les personnages malgré leurs différences. Les chambres sont alignées sur un même axe symbolique, évoquant la connexion subtile qui les relie. Par ce jeu de niveaux, de lumière et de relations spatiales, Le Pivot traduit la complexité émotionnelle du film : trois êtres isolés qui, chacun à leur manière, trouvent un équilibre à travers les autres.
Gabrielle Giroux et Béatrice Bertrand.